Vincent Bolloré contre Grasset


Le 14 avril 2026, le limogeage d’Olivier Nora par Vincent Bolloré, à la tête de Grasset, est une déflagration dans le monde de l’édition.


C’est une petite maison, pas plus de 150 nouveautés par an, romans et essais, loin des mastodontes Gallimard ou Le Seuil. Petite par la taille mais grande par le prestige, l’ancienneté, sa moisson de prix littéraires sur ses célèbres couvertures jaune. Voilà plus d’un siècle que Bernard Grasset a installé les éditions qui portent son nom au 61 rue des Saints-Pères, en face de Science Po - elles y sont toujours. Voilà 26 ans qu’Olivier Nora incarnait la maison. Et deux ans et demi qu’il se savait en sursis, depuis la prise de contrôle du groupe Hachette par Vincent Bolloré.




"Abuser de son pouvoir pour dépouiller l'autre de son humanité"


Une vidéo de Virginie Despentes à propos de l'affaire Grasset


Dans une séquence postée mercredi matin sur les réseaux sociaux de “La grande librairie”, l’écrivaine, qui était sous contrat depuis trente ans chez Grasset, réagit à l’attaque du milliardaire sur “la petite caste” de l’édition.


Deux jours après sa première prise de parole sur le plateau de Qotidien (TMC), où elle revenait sur le limogeage manu militari d’Olivier Nora de la direction de Grasset par Vincent Bolloré, et une semaine après le début de la mobilisation sans précédent des auteurs de la maison dont elle a été l’une des initiatrices (avec Colombe Schneck, Vanessa Springora, Tania de Montaigne et Anne Berest), l’écrivaine enfonce le clou. En son nom propre et avec ses propres mots, elle répond notamment au milliardaire breton, auteur d’une violente diatribe dans le JDD du 19/04/2026 (dont il est propriétaire depuis 2021) contre « la petite caste » de l’édition.



 

« Il est temps de poser une limite : la clause de conscience »


Des auteur.es réclament la mise en place d'une clause de conscience


Dans le prolongement du coup d’éclat historique que constitue l’annonce, mardi 14 avril, de leur départ en masse après l’annonce du limogeage d’Olivier Nora, les écrivains Grasset sont rejoints par 308 auteurs et acteurs de l’édition pour réclamer une évolution de notre droit.





230 écrivaines et écrivains quittent les éditions Grasset "bollorisées"


Extraits du communiqué au 15/04/2026 à18h


«Nous sommes publiés par Olivier Nora depuis 26 ans. Les éditions Grasset étaient notre maison, particulière, car s’y côtoyaient pacifiquement des autrices et des auteurs qui n’étaient pas d’accord sur grand-chose. Olivier Nora en a été le rempart et le ciment par son élégance morale, sa disponibilité, et son engagement.

Son licenciement est une atteinte inacceptable à l’indépendance éditoriale et à la liberté de création. Une fois de plus, Vincent Bolloré dit «je suis chez moi et je fais ce que je veux» au mépris de celles et ceux qui publient, de celles et ceux qui accompagnent, éditent, corrigent, fabriquent, diffusent, distribuent nos livres. Et au mépris de celles et ceux qui nous lisent.

Nous ne voulons pas que nos idées, notre travail, soient sa propriété. Aujourd’hui, nous avons un point commun : nous refusons d’être les otages d’une guerre idéologique visant à imposer l’autoritarisme partout dans la culture et les médias. Nous sommes pleinement solidaires des équipes, des autrices et des auteurs qui ne peuvent encore se prononcer.

Nous sommes des auteurs Grasset, nous avons publié chez Grasset, ou nous avons un livre qui va sortir chez Grasset, mais nous ne signerons pas notre prochain livre chez Grasset.

Et nous sommes 115.»






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