Vincent Bolloré contre Grasset


Le 14 avril 2026, le limogeage d’Olivier Nora par Vincent Bolloré, à la tête de Grasset, est une déflagration dans le monde de l’édition.


C’est une petite maison, pas plus de 150 nouveautés par an, romans et essais, loin des mastodontes Gallimard ou Le Seuil. Petite par la taille mais grande par le prestige, l’ancienneté, sa moisson de prix littéraires sur ses célèbres couvertures jaune. Voilà plus d’un siècle que Bernard Grasset a installé les éditions qui portent son nom au 61 rue des Saints-Pères, en face de Science Po - elles y sont toujours. Voilà 26 ans qu’Olivier Nora incarnait la maison. Et deux ans et demi qu’il se savait en sursis, depuis la prise de contrôle du groupe Hachette par Vincent Bolloré.


et après la littérature, les personnels du cinéma et du spectacle vivant se mobilisent


Des professionnels du spectacle vivant s’alarment d’une possible « mainmise idéologique de l’extrême droite sur les espaces d’art et de pensée en France »


Dans un texte au « Monde » (22/05/2026), un collectif de près de 400 professionnels du théâtre et du spectacle vivant – comédiens, directeurs de théâtre, metteurs en scène et auteurs – apporte son soutien aux 600 signataires de la tribune anti-Bolloré.


"Nous, gens de théâtre et du spectacle vivant, exprimons notre solidarité avec tous les signataires de la tribune publiée par des producteurs, distributeurs, exploitants, cinéastes, techniciens, lanceurs d’alerte bienvenus, dans le journal Libération du 11 mai. Nous nous élevons avec force contre toute forme de boycott, de censure, de liste noire – des termes qui renvoient tous aux pages les plus noires de notre histoire. Nous affirmons ainsi un nécessaire devoir de vigilance face à des menaces de plus en plus claires et désormais ouvertement formulées sur la pérennité de la liberté d’expression en France.

"Il faut faire nombre", explique à juste titre le cinéaste Robin Campillo pour justifier sa décision de rejoindre les 600 premiers signataires de cette tribune. Il ne nous appartient pas d’entrer ici dans le détail, comme d’autres peuvent le faire de façon tout à fait légitime, sur tel ou tel point du contenu de cette prise de position. La réaction qu’elle a suscitée de la part de l’entreprise concernée et de ses instances dirigeantes est scandaleuse et disproportionnée.

Ce qui nous amène à réagir immédiatement et fermement, au moment où s’achève la 79e édition du Festival de Cannes, réside dans la rapidité, la virulence et la brutalité de la réponse publique du directeur général du groupe Canal+, Maxime Saada, le 17 mai, et dans la stigmatisation d’artistes et de techniciens qu’il opère. Ceux-ci n’ont fait que formuler une inquiétude légitime face à l’emprise plus qu’inquiétante du groupe Bolloré sur une part importante des lieux de création et de diffusion de l’information, des arts et de la culture ..."



Canal+ assigné en justice pour discrimination après la réponse de son directeur à la tribune anti-Bolloré


Un article dans 20 Minutes, le 23 mai 2026


La Ligue des droits de l'homme et la CGT Spectacle ont engagé une action judiciaire après les propos de Maxime Saada, qui a indiqué ne plus vouloir travailler avec les signataires d’une tribune anti-Bolloré


« Il est grand temps que les mondes de la culture et du savoir se coalisent et se révoltent contre l’œuvre réactionnaire du groupe Bolloré. L’action judiciaire est l’un des tremplins nécessaires à cette révolte », a commenté auprès de l’AFP l’avocat de la CGT Spectacle et de la LDH, Arié Alimi.





Etats Généreux


Un site pour s'opposer à Vincent Bolloré


Le 13 mai 2026, plus de 200 personnes ont décidé de se réunir au Théâtre de la Concorde et de lancer officiellement les « États Généreux » des autrices et des auteurs. Pour la première fois depuis 1777 et la création de la Société des auteurs par Beaumarchais, un rassemblement a lieu à la seule initiative de celles et ceux qui fournissent la matière première des livres. Pour la première fois, ils se constituent en « corps » afin de réfléchir ensemble à leur statut, leurs contrats, ainsi qu’à la manière dont leurs droits sont juridiquement encadrés. Ce rassemblement fait suite à l'annonce du licenciement d’Olivier Nora, intervenu un mois plus tôt, le 14 avril 2026, dans des conditions jugées brutales, après son refus de publier un texte de Nicolas Diat. Ce proche de Vincent Bolloré a été imposé par les actionnaires du groupe, Olivier Nora l’a estimé trop éloigné de la ligne éditoriale des éditions Grasset ...





Zapper Bolloré


Pétition - La fronde gagne le cinéma français à Cannes


A la veille du Festival de Cannes et alors que l’homme d’affaires projette d’acquérir 100 % des parts d’UGC d’ici à 2028, le collectif Zapper Bolloré refuse la prise de contrôle du milliardaire d’extrême droite sur la chaîne de fabrication des films et l’imaginaire collectif.





"Abuser de son pouvoir pour dépouiller l'autre de son humanité"


Une vidéo de Virginie Despentes à propos de l'affaire Grasset


Dans une séquence postée mercredi matin sur les réseaux sociaux de “La grande librairie”, l’écrivaine, qui était sous contrat depuis trente ans chez Grasset, réagit à l’attaque du milliardaire sur “la petite caste” de l’édition.


Deux jours après sa première prise de parole sur le plateau de Qotidien (TMC), où elle revenait sur le limogeage manu militari d’Olivier Nora de la direction de Grasset par Vincent Bolloré, et une semaine après le début de la mobilisation sans précédent des auteurs de la maison dont elle a été l’une des initiatrices (avec Colombe Schneck, Vanessa Springora, Tania de Montaigne et Anne Berest), l’écrivaine enfonce le clou. En son nom propre et avec ses propres mots, elle répond notamment au milliardaire breton, auteur d’une violente diatribe dans le JDD du 19/04/2026 (dont il est propriétaire depuis 2021) contre « la petite caste » de l’édition.



 

« Il est temps de poser une limite : la clause de conscience »


Des auteur.es réclament la mise en place d'une clause de conscience


Dans le prolongement du coup d’éclat historique que constitue l’annonce, mardi 14 avril, de leur départ en masse après l’annonce du limogeage d’Olivier Nora, les écrivains Grasset sont rejoints par 308 auteurs et acteurs de l’édition pour réclamer une évolution de notre droit.




230 écrivaines et écrivains quittent les éditions Grasset "bollorisées"


Extraits du communiqué au 15/04/2026 à18h


«Nous sommes publiés par Olivier Nora depuis 26 ans. Les éditions Grasset étaient notre maison, particulière, car s’y côtoyaient pacifiquement des autrices et des auteurs qui n’étaient pas d’accord sur grand-chose. Olivier Nora en a été le rempart et le ciment par son élégance morale, sa disponibilité, et son engagement.

Son licenciement est une atteinte inacceptable à l’indépendance éditoriale et à la liberté de création. Une fois de plus, Vincent Bolloré dit «je suis chez moi et je fais ce que je veux» au mépris de celles et ceux qui publient, de celles et ceux qui accompagnent, éditent, corrigent, fabriquent, diffusent, distribuent nos livres. Et au mépris de celles et ceux qui nous lisent.

Nous ne voulons pas que nos idées, notre travail, soient sa propriété. Aujourd’hui, nous avons un point commun : nous refusons d’être les otages d’une guerre idéologique visant à imposer l’autoritarisme partout dans la culture et les médias. Nous sommes pleinement solidaires des équipes, des autrices et des auteurs qui ne peuvent encore se prononcer.

Nous sommes des auteurs Grasset, nous avons publié chez Grasset, ou nous avons un livre qui va sortir chez Grasset, mais nous ne signerons pas notre prochain livre chez Grasset.

Et nous sommes 115.»






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