
Tous les livres - mars 2026

Une mémoire pour l’oubli - Le temps : Beyrouth, le lieu : un jour d’août 1982
Mahmoud Darwich
En ce jour d’août 1982, les troupes israéliennes assiègent Beyrouth et la résistance palestinienne se résout à un nouvel exil. Prisonnier entre les murs de son appartement, dans la ville bombardée, Mahmoud Darwich tente douloureusement de rallier le territoire impossible de la mémoire. Pour dire la complexité du réel, les angoisses de l’enfermement, la folie de la guerre et l’au- delà des souvenirs et des espoirs, l’écrivain compose un récit mêlant dialogues imaginaires, textes du patrimoine arabe classique et poèmes.
Chronique amoureuse d’une ville où la violence mortelle a effacé les frontières supposées du corps et de l’esprit, de l’amour et du politique, "Une mémoire pour l’oubli" recueille les fragments d’un passé éclaté et témoigne de l’inévitable travail du deuil et de l’oubli.

Terre de sang - Le temps du désespoir
Joann Sfar
La conclusion de la trilogie bouleversante de Sfar. Une BD reportage qui donne la parole à ceux qui vivent au cœur du conflit.
Nous vivrons était le livre de l’après-pogrom du 7 octobre, Que faire des Juifs ? une réflexion sur l’histoire du judaïsme et de l’antisémitisme, avec une dimension à la fois historique, personnelle et charnelle. Avec Terre de sang, Joann Sfar s’éloigne de la chronique immédiate et de la fresque didactique. Il tend l’oreille aux voix palestiniennes, arabes, bédouines, dans le tumulte d’un conflit insoutenable. Il reprend ici le flambeau du reportage dessiné et parcourt des villes fracturées sur une planète à bout de souffle : Venise, Paris, Ramallah, Naplouse, Hébron, Jérusalem, Tel-Aviv…
Aux massacres, aux idéologies, aux mécanismes de haine, il oppose le dialogue qui, même lorsqu’il semble impossible, reste un acte politique puissant. Sfar s’ancre dans la BD du réel, poétique, violente, fraternelle, qui ne sauve rien, mais n’abandonne personne.

Mémoires
Glückel Hameln
Glückel naquit sept ans après Louis XIV, en 1645 à Hambourg, et mourut neuf ans après lui, à Metz en 1724. Mariée à quatorze ans à Hameln, une petite ville de la Basse-Saxe actuelle, elle eut quatorze enfants et perdit son époux Haïm en 1689, âgée de quarante-quatre ans. Elle poursuivit seule, depuis Hambourg, le développement de leur commerce, voyageant à travers l’Allemagne, pour élever ses enfants et les marier « dans l’honneur et la richesse ».
Très affectée par le décès de Haïm, souffrant d’insomnie, Glückel commença en 1691 l’écriture nocturne d’une autobiographie, un genre littéraire qui n’existait pas encore. Elle se remaria en 1700 avec Hirsch Lévy (Wimphen), l’un des plus riches banquiers et syndic de la communauté juive de Metz. Mais celui-ci fit faillite deux à trois ans plus
tard, probablement victime d’une crise financière au début de la dernière grande guerre de Louis XIV.
La famille Hameln était alliée par mariages avec celles des Juifs de cour les plus riches et célèbres du temps, à Hanovre, Amsterdam, Clèves, Berlin, Vienne… Avec ces Mémoires, Glückel nous laisse un témoignage unique
sur la vie quotidienne des diasporas juives de l’âge baroque en Allemagne, dans l’Est de la France, et à travers l’espace ashkénaze jusqu’en Pologne, en Russie et en Ukraine. Un témoignage imprégné de la morale religieuse
du temps, émouvant, parfois critique ou ironique, entrecoupé d’anecdotes et de contes teintant le récit de charme poétique.

Le format d'un livre
Michel Julien
Le format d’un livre, ce sont ses dimensions bien sûr, mais davantage. C’est l’expérience d’un dehors et d’un dedans, celle d’une approche, d’un rapport physique avec l’objet, c’est un ensemble de sensations tactiles, visuelles, olfactives même. Chacun d’entre eux est une « géographie » que nous abordons quel que soit son contenu. À chaque ouvrage une hospitalité, une mouture typographique, un papier, un caractère d’imprimerie ; à chacun un tempérament.
Pour être entrés dans notre existence, ces bouquins sont nos jalons. Nous avons versé dedans une part de notre temps, un peu de notre vie y est désormais enfermée, capable de renaître.

Assaut contre la frontière
Leïla Slimani
« Il me semble que tout roman est la tentative de répondre à une question. Et que celle qui fut à l’origine et au centre de ma trilogie est celle-ci : pourquoi est-ce que je ne parle pas ma langue ? Cette langue arabe, qu’est-elle pour
moi ? Penser à ça, à la langue arabe, c’est ressentir un mélange de chagrin et de honte, de colère et de frustration. Comment pourrais-je vous raconter, vous faire comprendre que je parle comme une enfant la langue qui devrait être la mienne ? Que je vis avec une langue fantôme comme on parle d’un membre fantôme dont on sent encore la présence bien qu’il ait été amputé. Cette langue, je l’ai cherchée partout. Je l’ai désirée, je l’ai poursuivie, j’ai pu suivre des inconnus dans la rue simplement pour les entendre prononcer ces syllabes familières. Je pourrais aisément reprendre à mon compte les mots de l’écrivaine et peintre libanaise Etel Adnan : “Je me suis retrouvée à la porte de cette langue. Je l’ai érigée en mythe, en une sorte de paradis perdu.” »
Une première version de ce texte a été lue en public par Leïla Slimani lors du Festival d’Avignon 2025. (voir sur la page
SONS-VIDEOS)

Très brève théorie de l’enfer
Jérôme Ferrari
Après avoir quitté son île natale pour enseigner à Alger, un homme, mû par le désir d’un ailleurs où échapper à lui-même, prend un poste au lycée français d’Abu Dhabi et s’y installe avec femme et enfant. Bientôt, leur trajectoire effleure celle de leur employée, Kaveesha, partie du Sri Lanka trente ans plus tôt et voguant depuis de famille en famille pour subsister.
Expatrié, immigré – deux manières d’être étranger, deux mots pour dire deux mondes, séparés par un mur invisible que l’empathie ne saurait abattre.
Dans une langue acérée, ténébreuse, Jérôme Ferrari poursuit l’examen lucide de notre rapport à l’autre et livre un nouvel opus déchirant des “Contes de l’indigène et du voyageur”.

Jusqu'au bord de son ravin - Les verbes de l'écriture
Wajdi Mouawad
Pour s’avancer jusqu’au bord de son ravin, il faut des mains à tenir. Mais, de toutes les mains, la plus précieuse est celle qui nous donne le courage de lâcher. Car écrire c’est chuter, c’est le battement de son coeur qui remonte à la gorge, et qui accélère aux rafales des frayeurs.
Au Collège de France, en 2025, Wajdi Mouawad a prononcé huit leçons. Chacune avait pour matière l’exploration d’un verbe : être, voir, trembler, choisir, rencontrer, consoler, aimer, mourir.
Tout son parcours personnel et artistique, marqué par la guerre, l’exil, le poids des identités, les secrets familiaux, la transmission transgénérationnelle et la réconciliation, s’y réfléchit. Il raconte ainsi des histoires passées et présentes, intimes et collectives, car, à travers ces verbes, ce sont nos relations aux autres qui se nouent.
En creux, Wajdi Mouawad rappelle combien l’écriture est un acte de dignité et de reconnaissance, combien il faut savoir se laisser tisser par elle sans jamais lui poser de condition.

Le nom de la bataille
Tom Buron
Troisième été de la Guerre en Ukraine, Pokrovsk, région du Donbass. L’armée russe avance, village après village… Engagé comme ingénieur droniste au sein d’une brigade de l’armée ukrainienne, un jeune volontaire français retourne au front après une permission de quarante-huit heures. Confronté à la violence du monde et la fragilité des hommes qui se battent, Jazz est plongé dans les entrelacs de l’Histoire qui pénètrent jusque dans sa chair. Dans ce texte poétique et cru, Tom Buron invente une langue fraternelle, apte à dire la guerre sans se réfugier derrière l’héroïsme.
Tom Buron est né en 1992 en banlieue parisienne. Il est notamment l’auteur de longs poèmes tels que Les cinquantièmes hurlants (Gallimard, 2025) et Marquis Minuit (Castor Astral, 2021). Entre 2022 et 2024, il est volontaire - humanitaire, logistique, puis militaire - auprès des Ukrainiens.

Ou vif
Anne Terral
« Dans l’agenda, marquer d’une croix ce jour.
Le jour de l’inconcevable joie.
Je marche vite alors que rien ne presse.
C’est à cause de toi et de ce qui nous arrive, à cause de ce qui dépasse l’entendement et ne peut être nommé. »
Ce matin-là, des pas se hâtent, la course légère d’une robe rouge. Bien des années plus tôt, juste avant la rentrée des classes, il y a eu pourtant la mort du père. Il y a eu le silence en grand et les heures floues. Ou vif raconte cette douleur précise, mais aussi le prodige d’un rendez-vous dans les derniers jours d’août : une revanche solaire.

D'Alep à Paris - Récit d'une femme engagée
Ghaïss Jasser
« Je me disais aussi que c’est ici que je veux finir mes jours, non seulement parce que je ne survivrais pas à un autre exil, mais parce que cette charmante ville m’a adoptée avec ma solitude et mes peurs, ma nostalgie et mes douleurs. Avec ses pierres, son fleuve, ses quais, ses jardins, ses salles de cinéma et ses cafés, j’ai tissé d’autres souvenirs. Avec cette ville, j’ai encore une fois compris que les amours sont uniques sans être exclusives. Ainsi, aimer Paris, ce n’est pas oublier Alep et vivre à Paris, c’est aussi vivre sans cesse à Alep ».
Depuis ma petite enfance, je portais en moi le rêve de mon père qui est devenu le mien : « Nous avons, disait-il, à portée de la main tout ce qui nous permet de construire des vraies démocraties dans tous les pays arabes. C’est seulement entre ces démocraties que nous pourrions bâtir une unité solide, des pays arabes démocratiques et fédérés, voilà l’unique réponse à toutes nos aspirations ».

Mémoires des années de jeune fille d'un homme
N.O. Body
Mon nom est Body
Paul B. Preciado
« Ce livre est un livre de la vérité » : ainsi débute le puissant et bouleversant témoignage de N.O. Body, publié anonymement en 1907 en Allemagne, traduit pour la première fois en français. « Né garçon » mais « élevé en fille », un jeune homme raconte comment il a été enfermé dans une assignation sexuelle qui ne lui correspond pas. Il confie ses doutes, sa solitude, le rejet comme la fascination qu’il provoque, sa découverte de la sexualité, sa crise existentielle profonde et la tentation du suicide lorsqu’il tombe amoureux d’une femme. En décembre 1905, N.O. Body rencontre Magnus Hirschfeld, futur fondateur de l’institut de sexologie de Berlin, qui l’épaule dans sa démarche de changement de « sexe » officiel, obtenu en 1906, et l’encourage à écrire ses Mémoires.
Plus d’un siècle après, Paul B. Preciado reçoit ces Mémoires comme une bouteille à la mer, et écrit un hommage à Karl M. Baer et aux survivant.e.s dissident.e.s de l’assignation binaire normative. Mon nom est Body, inédit publié en diptyque avec les Mémoires, est une nouvelle histoire de la sexualité avec et contre Foucault, une généalogie politique du nom propre et un cri pour une abolition des systèmes binaires d’assignation sexuelle et du genre à la naissance.
Karl M. Baer, né en 1885 dans une famille juive berlinoise, a été déclaré femme à sa naissance. Il mettra des années à obtenir une réassignation sexuelle. Il publie Aus eines Mannes Mädchenjahren en 1907, sous le pseudonyme de N.O. Body. Menacé par les nazis, il émigre en Palestine en 1938. Il meurt en 1956.
Paul B. Preciado est philosophe, écrivain et réalisateur. Ses œuvres, dont Un appartement sur Uranus (2019) ou Dysphoria Mundi (2022), traduites dans une dizaine de langues, sont une contribution majeure à la philosophie du corps et aux théories queer et trans.

Le Pocès Pelicot - Oratorio en 40 fragments
Milo Rau & Servane Dècle
« La honte doit changer de camp. » Par ces mots comme par sa décision de rendre son procès public, Gisèle Pelicot est devenue un symbole de la lutte contre les violences sexuelles. Prolongeant son geste au théâtre, l’oratorio de Servane Dècle et Milo Rau propose une traversée documentaire au cœur de la banalité du viol et de son traitement judiciaire. Scènes d’interrogatoire, plaidoiries, extraits du dossier, commentaires et entretiens : 40 fragments pour tenter de comprendre ce que ce procès historique dit de nous.

Tahar Ibtatene, dit Tintin - Héros de la Résistance (1940-1945) et de la guerre d'Algérie (1954-1962)
Lyazid Benhami
Ce livre est le parcours d’un homme de devoir.
Tahar IBTATENE, cet homme de courage, décédé en 2000, vécut une vie extraordinaire jonchée d’aventures périlleuses mêlées à l’Histoire contemporaine. Arrivé en France en 1924, à l’âge de 15 ans, il passa le reste de son existence à Paris.
Il a rejoint les Services secrets du Général de Gaulle dès 1940, et ce jusqu’à la Libération. Il fut un agent secret permanent et émérite du BCRA, l’ancêtre de la DST et bras armé du Général pendant la Seconde Guerre mondiale. Dans la Résistance, il fut surnommé « Tintin », et eut à son actif des faits héroïques de premier plan.
En 1954, au déclenchement de la Guerre d’Algérie, le choix cornélien ne se posa pas pour « Tintin », il prit à nouveau ses responsabilités, tout en espérant le retour aux affaires du Général de Gaulle. Membre du FLN historique algérien, puis proche des démocrates pendant la période post-indépendance, il fut aussi un artisan convaincu et pragmatique d’une véritable Indépendance de l’Algérie.

Carnet de notes - 2021-2025
Pierre Bergounioux (en librairie le 19/03/2026)
"Quarante-cinq ans ont passé depuis que j’ai pris le parti de noter la teneur, la couleur de mes jours.
Des commencements, j’ai conservé quelques habitudes, la première et la principale étant de me lever tôt, d’écrire, jusqu’à midi, pour lire, ensuite, aussi longtemps que j’en suis capable. Je me conforme toujours à la règle que je me suis fixée, dans l’internat, et dont je ne saurais m’écarter sans que le gamin de dix-sept ans que, paraît-il, je fus et qui l’a édictée, ne me rappelle à l’ordre d’une voix tonnante. « On a tous les âges à chaque instant », constatait le psychanalyste Georg Groddeck, et c’est un adolescent de jadis qui continue de régenter mon existence.
Je persiste à noter les faits quotidiens. Tout nous reste mais les chemins d’accès au passé s’effacent. Quelques mots, sur du papier, aident, si on le souhaite, bien sûr, à le retrouver."
Les autres carnets publiés chez Verdier

Ô mères d'Iran - Mère Ebrahimpour et les pionnières de la liberté
Massoumeh Raouf
Le destin bouleversant d'une mère iranienne qui a transformé la douleur en combat et l'amour en résistance. Malgré la chape de plomb qui pèse sur l'Iran, la voix de Fatemeh Eslami n'a jamais faibli. Cette voix résiliente incarne le cri de milliers de mères qui, depuis des décennies, portent avec un courage inouï le lourd fardeau de la résistance. De Gorgan aux fosses communes de Khavaran, de l'ombre sinistre des prisons de Khomeiny aux tribunes de la justice internationale, ce récit retrace le parcours bouleversant d'une mère dont tous les enfants sont l'un après l'autre broyés par le régime des mollahs. Il révèle comment la douleur infinie d'une mère se mue en une force inébranlable , un amour qui défie la mort et allume la soif de justice dans les coeurs. Ô Mères d'Iran est bien plus qu'un témoignage , c'est une mélodie de révolte et d'espoir, la mémoire vivante d'un peuple qui refuse l'oubli. Ce récit est une main tendue à toutes celles et tous ceux qui, partout dans le monde, luttent pour un avenir juste. À sa lecture, on comprend le prix immense qu'ont dû payer ces pionnières de la liberté pour nourrir l'espoir d'un Iran enfin libéré de l'oppression.

De Lublin à New York - Journal de Rivke Zilberg
Kadya Molodowsky
Trois mois après l’invasion de la Pologne, la jeune Rivke Zilberg se réfugie chez sa tante à New York. Rivke devra avant tout apprivoiser une nouvelle langue et trouver des petits boulots (blanchisseuse, brodeuse, apprentie dans une manufacture de gants).
Bref, elle vit sa vie, est confrontée aux difficultés rencontrées par toute personne émigrée : l’acculturation, la solitude, les difficultés financières, la cacophonie dans les comités d’aide aux réfugiés ...
"En bref : face à l’enfance, à la mort, ou pour ne pas oublier"
Un article dur le site
EN ATTENDANT NADEAU
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La trilogie de Leïla Slimani aux éditions Folio
Le Pays des autres - Tome 1
« “Ici, c’est comme ça.”
Cette phrase, elle l’entendrait souvent. À cet instant précis, elle comprit qu’elle était une étrangère, une femme, une épouse, un être à la merci des autres. »
En 1944, Mathilde tombe amoureuse d’Amine, un Marocain venu combattre dans l’armée française. Rêvant de quitter son Alsace natale, la jeune femme s’installe avec lui à Meknès pour y fonder une famille. Mais les désillusions s’accumulent : le manque d’argent, le racisme et les humiliations fragilisent leur couple. Dans ce pays ambivalent, qui réclame une indépendance que les hommes refusent pourtant aux femmes, Mathilde réussira-t-elle à poursuivre sa quête de liberté sans heurter ceux qu’elle aime ?
Le Pays des autres - Tome 2 : Regardez-nous danser
« Il semblait que la colonisation n’avait été rien d’autre qu’un malentendu, une erreur dont les Français à présent se repentaient et que les Marocains faisaient semblant d’oublier. »
Maroc, 1968 : tandis que Mathilde s’occupait du foyer, Amine est parvenu à faire de son domaine aride une entreprise florissante. Ils appartiennent désormais à une bourgeoisie qui prospère, fait la fête et croit en des lendemains heureux. Mais le retour de leur fille Aïcha, partie étudier en France, fait voler en éclats le glacis d’apparence qui figeait cette famille. Le modèle d’émancipation qu’ils croyaient incarner depuis l’indépendance n’est-il qu’une illusion ?
Après Le pays des autres, Regardez-nous danser poursuit une fresque familiale vibrante d’émotions et de personnages inoubliables.
Le Pays des autres - Tome 3 : J'emporterai le feu
« Mia, va-t’en et ne rentre pas. Ces histoires de racines, ce n’est rien d’autre qu’une manière de te clouer au sol, alors peu importent le passé, la maison, les objets, les souvenirs. Allume un grand incendie et emporte le feu. »
Mia et Inès, enfants de la troisième génération de la famille Belhaj, grandissent dans le Maroc des années 1980 et 1990. Éprises d’indépendance comme leur grand-mère Mathilde, leur mère Aïcha ou leur tante Selma, elles font face à un dilemme : pour être libres, faut-il partir ou rester ? Dans l’exil ou dans la solitude, elles devront se faire une place, apprendre de nouveaux codes, affronter les préjugés, le racisme parfois.
Troisième et dernier volet du Pays des autres, J’emporterai le feu offre un dénouement splendide à une saga familiale puissamment poétique et romanesque.
Pourquoi
"Le pays des autres" de Leïla Slimani
a-t-il divisé les critiques du Masque & la Plume ?
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Tout mais pas Beyrouth
Mathieu Diez & Jibé (dessinateur)
Entre carnet de voyage et chronique, Mathieu Diez partage sa découverte du Liban où il s'installe avec sa famille en 2021. Il relate son quotidien et son travail durant 4 années au sein de l'ambassade de France, jusqu'à la guerre d'octobre 2024.
Quand Mathieu Diez part vivre à Beyrouth avec sa famille pour travailler au sein de l'ambassade de France, il découvre une ville dévastée par la crise économique et l'explosion du port, mais pleine d'intensité et passionnante. Entre chronique du quotidien, du travail en ambassade, et de la guerre d'octobre 2024, il brosse un portrait sensible et sincère de Beyrouth et du Liban.

Amadoca : L'histoire de Romana et d'Ouliana
Sofia Andrukhovych
Roman-fleuve à l'écriture puissante et poétique, Amadoca retrace l'histoire de l'Ukraine au XXe siècle, de la répression stalinienne à la guerre du Donbass, en passant par l'Holodomor et l'Holocauste. Une oeuvre essentielle, par l'une des plus grandes autrices ukrainiennes actuelles.
Amadoca. Les cartographes médiévaux faisaient mention d'un lac immense qui couvrait ce qui deviendrait plus tard l'Ukraine. Et puis le lac a disparu des cartes et des récits.
Dans un hôpital de Kyiv, un soldat est alité, défiguré et amnésique. Une femme le veille. Au personnel soignant, elle dit que le soldat est Bodhan, l'homme qu'elle a cherché pendant des mois, et qu'elle est Romana, son épouse.
Mais le soldat ne se souvient de rien, comme s'il était mort une première fois. Alors Romana va lui raconter qu'ils ont vécu heureux ensemble, que leur amour était fort, que leur maison était remplie de livres, que la campagne était belle. Et avant ça, que sa grand-mère a connu un amour immense qui a précipité son destin.
Et puis il y a eu la guerre.

La Marche des femmes
BD de Michelle Perrot, Annick Cojean, Sophie Couturier (texte) et Emma Ere (dessin)
Historienne, pionnière et grande figure de l’Histoire des femmes, Michelle Perrot est contactée par la jeune Romy qu’elle décide de conduire à travers Paris à la rencontre de femmes célèbres ou oubliées et de leurs parcours si souvent entravés.
Une traversée trépidante où les générations se rencontrent, se répondent, parfois se confrontent… pour mieux comprendre les mécanismes de l’invisibilisation des femmes et découvrir combien fut longue la marche pour leurs droits.
Une formidable invitation à en poursuivre la conquête. Et à reprendre le flambeau.

Rosa Parks
Caroline Rolland-Diamond
« Il était temps que quelqu’un se lève – ou dans mon cas s’assoie – et refuse de bouger. »
Son refus de céder sa place dans un bus est devenu le symbole de la lutte contre la ségrégation dans le monde entier. Connaît-on pour autant la femme qui se cache derrière cet acte de protestation à l’origine du boycott des bus de Montgomery ?
Rosa Parks (1913-2005) a souvent été présentée comme une femme ordinaire, simple couturière à laquelle tout un chacun pouvait s’identifier. En réalité, cette figure incontournable du mouvement des droits civiques est une femme engagée dès son plus jeune âge. Grandissant dans les champs de coton du sud des États-Unis avec ses grands-parents et sa mère, elle y apprend à leurs côtés l’importance de la dignité.
Son parcours de femme d’action dans un monde dominé par les hommes et son engagement de tous les instants pour l’égalité sont une source d’inspiration pour poursuivre son combat.

Sous le règne du fouet - Une histoire orale de l'esclavage aux États-Unis
27 anciens et anciennes esclaves
L’esclavage raconté par celles et ceux qui l’ont vécu
Au cœur de la crise économique qui ravage les États-Unis au début des années 1930, le Federal Writers’ Project, une agence fédérale du New Deal, lance une entreprise de collecte de la voix des sans-voix dont l’ampleur n’a jamais été égalée : près de 2 300 témoignages d’anciens esclaves sont recueillis, transcrits et édités. Cette source inestimable et sans équivalent dans le monde restait jusqu’à ce jour largement inédite en français. Sous le règne du fouet, par l’entremise d’une sélection de 27 de ces parcours de vie (14 femmes et 13 hommes), dont la force traverse le temps, entend combler ce manque et œuvrer à l’écriture d’une histoire de l’esclavage racontée par celles et ceux qui l’ont vécu.
Le Federal Writers’ Project était une agence fédérale qui s’est notamment donné pour but de conserver la mémoire des anciens, porteurs du passé d’un pays encore jeune, et de valoriser les savoirs et les histoires des classes populaires.

Un éloignement
Frédéric Foliof
L’histoire d’une vie minuscule jetée dans un monde kafkaïen qui la condamne à la relégation..
Ce livre est une histoire vraie : il raconte les relations que Fiolof a entretenues avec un de ces humains que l’administration appelle, délicatement, « étrangers en situation irrégulière » —, d’abord à Bobigny, puis au CRA de Vincennes, pendant la durée de sa rétention et lors de ses audiences au Tribunal de Paris.
Un éloignement
L’histoire d’une vie minuscule jetée dans un monde kafkaïen qui la condamne à la relégation.

Je suis blanc et je vous merde
Soeuf Elbadawi
Une pièce de théâtre
Une histoire de blanc à Moroni. Un récit qui fonde sa vérité sur le prolongement du feuilleton colonial. Quand vérité se fait jour, mensonge se flétrit, est-il écrit quelque part... Suivie ici par Obsessions de lune Idumbio IV, un texte où le poète dramaturge s'interroge sur la tragédie du visa Balladur. Ces milliers de morts, nés du démembrement archipélique orchestré par une tutelle étrangère sur sa terre de naissance.
- La fiche du livre (site de la FNAC)

Marguerite Duras - Dévorer, tout
Béatrice Gurrey
Morte en 1996, l’autrice de L’Amant et d’Un barrage contre le Pacifique est toujours lue, jouée, étudiée, dans le monde entier. Ce livre est un magnifique panorama de cette auteure complexe et ambigüe, et revient sur les grands thèmes qui ont influencé durablement son oeuvre au fil des ans. Son enfance en Indochine marquée par un quotidien dur et une mère violente et autoritaire, son amour inconditionnel pour son jeune frère Paul et maternel pour son fils Jean, son rapport au féminisme, à la Shoah, au cinéma et à l’adaptation de ses oeuvres comme ses relations passionnelles avec les hommes jusqu’à la fin de sa vie… Tout cela compose une vie exceptionnellement riche et une oeuvre saluée, adulée par certains et reconnue à l’échelle internationale.

Elles avaient fui Franco
Marie-José Nadal
Y a-t-il un intérêt à rendre compte, en 2024, de l’expérience de femmes qui ont fui l’Espagne au moment de la victoire de Franco en 1939? C'est à travers des récits de vie, des trajectoires de trois femmes, que ce livre entend contribuer à une compréhension toujours à renouveler du fascisme, des résistances au quotidien, des processus de violence. Ainsi, la première partie du livre met en perspective les récits en posant un cadre historique.
La deuxième présente le témoignage de trois femmes espagnoles qui avaient refusé la victoire du général Franco en 1939 et s’étaient réfugiées en France en l’absence de leur mari. Cette séparation était due au fait que la frontière entre la France et l’Espagne avait été ouverte aux civils et aux blessés à partir du 27 janvier 1939, alors qu’elle était restée fermée aux soldats de l’armée républicaine espagnole jusqu’au 5 février 1939.
Les trois narratrices, qui ont accepté de raconter leur vie à l'auteure, 50 ans après la défaite républicaine, étaient issues de familles dont les hommes avaient été des militants ou des sympathisants de partis politiques opposés au coup d’État nationaliste. Leur enfance et leur adolescence se sont passées à Barcelone, avec son lot de conflits sociaux et de répression. Leurs témoignages montrent comment des ouvrières ou des mères de famille des quartiers ouvriers se sont senties concernées par les idées nouvelles et par les changements politiques intervenus dès leur jeunesse.
L’imprégnation politique émanant du milieu familial et de la vie de quartier alimente le sentiment d’appartenir à une classe sociale qui lutte pour améliorer ses conditions de vie. Dès lors, les femmes n’hésitent pas à intervenir à leur manière dans leur quartier. Ce sont les petits gestes de solidarité ou de rejet, les échanges verbaux dans les magasins, les coopératives d’alimentation, les lavoirs publics ou le récit de leurs loisirs dans les centres communautaires, qui révèlent la constitution d’un espace politique qui ne s’exprime que lors d’événements particulièrement importants comme les grèves, la célébration de l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement républicain, la guerre ou l’exil.
Pour ces trois femmes, leur décision de quitter l’Espagne représente leur fidélité idéologique à leur condition de femmes du peuple, en même temps qu’elles se sont montrées solidaires des choix politiques de leur famille, de leur milieu social et de leurs époux impliqués dans la guerre civile.

Comment torpiller l'écriture des femmes
Joanna Russ
Dans ce classique de la critique féministe publié en 1983 aux États-Unis et traduit pour la première fois en français, Joanna Russ dresse un panorama acéré des techniques d'empêchement, d'effacement et de dénigrement qui s'abattent depuis des siècles sur les femmes qui osent prendre la plume.
Ce déni d'écriture mobilise tout un arsenal de procédés informels, plus subtils qu'une censure frontale. Cela commence par le travail domestique et la privation de temps qu'il implique. Cela se prolonge par le découragement actif des vocations, les soupçons récurrents d'imposture (" Ce n'est pas elle qui l'a écrit "), le mépris des œuvres et des sujets (" C'est bien elle qui l'a écrit, mais elle aurait mieux fait de s'abstenir ") et, in fine, la relégation des rares écrivaines ayant acquis une certaine notoriété au statut d'anomalie (" Mais d'où sort-elle, pour avoir écrit ça ? ").
En décortiquant les stratagèmes du sexisme ordinaire dans le monde des lettres, Russ signe un formidable anti-manuel de silenciation des femmes autrices, qui n'a perdu ni de son actualité ni de sa force critique. Tout en attaquant la tradition misogyne, elle trace aussi en pointillé une autre traversée de la littérature anglo-saxonne, sur les pas de Jane Austen, Mary Shelley, Emily Brontë, George Eliot, Emily Dickinson, Virginia Woolf, Adrienne Rich ou Ursula Le Guin.

Prisonniers politiques FLN en France pendant la guerre d’Algérie 1954-1962
La prison, un champ de bataille
Mohand Tahar Zeggagh
De très nombreux livres ont été écrits sur la guerre d’Algérie, mais aucun n’a traité des années terribles qui ont concerné des milliers de prisonniers politiques en France.
Mohand Tahar ZEGGAGH, plus jeune prisonnier FLN à Fresnes puis à Loos-les-Lille, parle aujourd’hui de ses cinq années d’incarcération douloureuse comme d’une bataille nourrie par l’idéal de l’indépendance de l’Algérie. Comment passe-t-on d’une famille analphabète des montagnes de Kabylie à la lutte anticolonialiste en France ? De quel philosophe des Lumières s’est inspiré l’auteur pour mettre en pratique une expérience démocratique en prison ?
Un témoignage précieux qui éclaire de manière singulière une page importante de notre histoire.

Sisyphe est une femme ou la marche du cavalier
Geneviève Brisac
Un jour, Vladimir Nabokov déclara : « J'ai des préjugés contre toutes les femmes écrivains. Elles appartiennent à une autre catégorie.»
Il disait tout haut ce que beaucoup murmurent encore et proclament parfois. Pour lui clouer le bec, Geneviève Brisac propose une contre-histoire littéraire semblable au mythe de Sisyphe : luttant contre l’oubli qui menace constamment celles qu’elle appelle ses aînées, s’appuyant sur la pensée de Virginia Woolf ou Doris Lessing, elle met à l’honneur, d’Alice Munro à Christa Wolf, ou Natalia Ginzburg, de grandes écrivaines invisibilisées par l’histoire officielle.
Un essai incontournable sur la misogynie, les femmes et l'écriture.












